Le Chantier naval Jézéquel, labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant

23 octobre 2018 Myriam

Le Chantier naval Jézéquel, labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant

communication patrimoine
Georges et son fils Alain au début de la construction d’Agapanthe, un Prima (1971) dessiné par l’architecte naval Victor Brix

 

L’EPV, qu’est-ce que c’est au juste ?

Le label d’état Entreprise du Patrimoine Vivant est la seule distinction qui vient récompenser et encourager l’excellence française, reposant sur la maîtrise avancée de savoir-faire rares, renommés ou ancestraux.
Le Patrimoine vivant est une notion finalement assez récente alors qu’elle évoque un savoir-faire ancien ; le label a vu le jour en 2005, les premières labellisations ont été attribuées en 2006.

En France, 1400 entreprises ont été reconnues comme appartenant à cette exception, dont de nombreuses entreprises bretonnes.


COM en Bretagne part pour le tour de la Bretagne du patrimoine vivant

Le savoir faire et sa transmission appartiennent à l’histoire d’une entreprise, souvent également à une famille. Cette scène se joue et se rejoue, perpétuant ainsi ces savoir-faire au travers de plusieurs décennies, parfois même de plusieurs siècles.

COM en Bretagne va à la rencontre de ces entreprises, de leur histoire et de leur patrimoine.

Des entreprises, qui en perpétuant leur savoir-faire, sont des acteurs majeurs du développement du territoire.

 

Le Chantier Jézéquel, un siècle de savoir-faire

Notre parcours nous a menées sur les pas d’une de ces entreprises, le Chantier Naval Jézéquel, un nom emblématique de la construction navale en Finistère dont la notoriété s’exporte dans la France entière et bien au-delà de la Manche !

L’histoire de ce chantier commence pendant la guerre de 14 -18 très loin des côtes finistériennes, au milieu de la mer Égée, sur l’île grecque de Corfou. Alain Jézéquel s’est engagé dans l’armée, son métier de charpentier l’amène à être affecté à la réparation des baleiniers. Il y rencontre un carantécois, Eugène Moguérou. A la fin des hostilités, ils sont devenus amis, ils partagent la même passion de la mer et des bateaux, il décident de s’associer.

Du bateau à usage professionnel au bateau de loisir

La pêche et le transport légumier sont des préoccupations vitales en ce premier tiers du XXe siècle. Le savoir-faire du chantier s’oriente essentiellement vers la construction à usage professionnel. Mais l’économie liée à la pêche commence à montrer des signes de faiblesse, alors que depuis la fin du XIXe, la voile de plaisance se développe considérablement en baie de Morlaix.

D’Alain à Jean-Marie, quatre générations de passionnés

Au chantier débute une ère de construction navale de loisirs.
Brix, Dervin, Sergent, Cornu, ces architectes navals de renom verront leurs plans se concrétiser dans ce petit chantier carantécois.
Alain a depuis déjà longtemps transmis la « fièvre » à son fils Georges qui « traîne ses savates » dès qu’il le peut dans la sciure de bois. En 1937, Georges commence son apprentissage et reprendra le chantier en 1952. Lui aussi transmet à son fils Alain la passion de la construction navale. Après l’école, Alain s’initie – sous l’œil attentif de son père – aux premiers apprentissages de charpentier naval, calfatage sur des caisses de bois, pose des rondelles sur les pointes de rivet…puis participe de plus en plus activement aux chantiers. Il construit avec son père le cotre Bonne Espérance, dessiné par son frère Olivier, puis des unités de la série Prima, des Dauphin.
En 1985, il reprend le chantier et construit des canots de 4,10 m, des Cat Boat, des Cormoran, des Bernache etc

Et comme fort heureusement l’histoire se répète, sa passion de la voile et de la construction navale ne laissent pas indifférent Jean-Marie, né en 1986, qui navigue dès ses premiers mois de vie avec son grand-père et son père. Naturellement, il s’oriente à son tour vers le métier, en passant d’abord un CAP filière bois et matériaux associés, et en faisant parallèlement son apprentissage au chantier familial.

De gauche à droite, Alain Jézéquel ( 1895-1985), Georges (1924-2017), Alain (né en 1955) et Jean-Marie (né en 1986)

 

2017 : le chantier obtient le label Entreprise du Patrimoine Vivant

Jean-Marie vient de reprendre le Chantier. L’une de ses premières actions est de faire les démarches pour obtenir le Label Entreprise du Patrimoine Vivant.

Curieuse d’en savoir plus, l’agence rencontre Jean-Marie

Pourquoi vouloir ce label?

« J’en avais déjà entendu parler depuis quelques années, on avait discuté avec mon père d’entreprendre la démarche mais je n’ai eu le temps de me pencher sur le dossier de candidature qu’il y a deux ans. Je reprenais l’entreprise et obtenir ce label était un bon moyen pour moi de lancer mon projet de concrétiser par mes actions la reprise du chantier familial. C’est une vraie reconnaissance, une marque de qualité et un gage de pérennité dans ce métier qui devient rare. J’en suis très heureux, c’est une grande satisfaction sur un plan professionnel bien sûr, mais aussi familial. » explique Jean-Marie Jézéquel.

Sans nul doute, le Chantier Jézéquel produit des unités d’exception. La qualité est restée la même, en dépit de l’évolution du matériel, un métier qui a su rester authentique, une passion et un savoir-faire qui ont été transmis à chaque génération avec le même soin, le même goût de la perfection.

« Le critère d’excellence, je dirais qu’avant tout c’est sans doute la dimension historique de l’entreprise. Le chantier est reconnu depuis longtemps pour la qualité de ses constructions, il a traversé les décennies tout en respectant les fondamentaux de la charpente navale. » poursuit Jean-Marie.

A quoi sert cette labellisation ?

Faire partie des EPV, c’est aussi évidemment participer à la conservation du Patrimoine, voire des Monuments Historiques. Le Chantier Naval Jézéquel s’est vu confier à plusieurs reprises la restauration de navires classés. Et ça n’arrive pas par hasard : « Restaurer un bateau classé Monuments Historiques nécessite un savoir-faire ancestral, et une connaissance infaillible de la construction navale traditionnelle. Quand on restaure un voilier classé, on a une grosse responsabilité ! Et c’est sans aucun doute cette passation de savoir-faire qui permet tout cela ! On espère que la labellisation EPV nous amènera encore d’autres belles restaurations ! »

Etre reconnu par l’Etat EPV, c’est évidemment une reconnaissance de taille « C’est une vraie fierté pour l’entreprise, et un vrai bonheur pour moi de voir se concrétiser – de manière aussi prestigieuse – un savoir faire transmis par mes aïeuls. Et puis, bien-sûr, c’est une évidente valeur ajoutée pour une entreprise comme la nôtre : l’accession à la labellisation EPV a suscité beaucoup d’intérêt dans la région. Les gens en parlent, posent des questions. D’autres privilégient clairement des chantiers labellisés, et ça c’est la conséquence directe de la labellisation EPV. »

COM en Bretagne souhaite bon vent au Chantier naval Jézéquel

 

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